Bienvenue sur Concerts-Review, le blog des critiques de concerts. Nous mettons en ligne quelques critiques subjectives des concerts auxquels nous assistons. N'hésitez pas à nous contredire à travers vos commentaires.
Par NoPo
VOLK SOUP au Cessonnais, Saint-Brieuc, le 28 octobre 2025
NoPo
VOLK SOUP au Cessonnais, le mardi 28 Octobre 2025
Une presqu'habitante de l'estaminet me lance 'Les concerts du mardi? Les meilleurs!' J'ose à peine rétorquer que le mardi, c'est permis! Les meilleurs mais pas toujours à l'heure, faut dire que 20H07, c'est un peu dur à tenir...
Heureusement Perrine me sert sa spécialité de grog au rhum que je vais siroter avec d'autres habitués en examinant le matériel musical (pas médical, quoique...) :
un synthé minuscule, un mélodica, des shakers, une scie à main et une cowbell, accrochée au micro, viennent compléter une série d'instruments plus traditionnels.
Finalement les musiciens s'amènent en pointillés et se casent comme ils peuvent vu qu'on compte 6 larrons :
Harry Jones, grand sec et chemisé, au chant et un peu de guitare,
Ryan Walker, casquette sur cheveux ras et fleur au veston, à la basse,
Luc Gibbons, moustache et lunettes noires, à la batterie,
George Orton, le gendre idéal, blond bien coiffé et sans poil de travers, aux claviers et guitare,
Ryan Geach, cheveux longs blonds, moustache et lunettes en essuie-glace (en haut, en bas), t-shirt et chaussures rouge pétant, saxophone, chœurs, shakers et cowbell,
Shaene Hunter, dernière recrue, cheveux longs bruns avec frange, chemise à carreaux et pantalon de rando, synthétiseur, mélodica, scie à archet, chœurs et tambourin.
Abonnés, depuis 2020 en trio, aux singles 2 titres qu'ils compilent, les gars de Leeds publient '10p Jazz', il y a peu et pourtant, il reste du matos en stock vu la setlist pleine de titres inconnus. Le style, post-punk et volontiers jazz arty, se nervure de moments de pure libération cathartique sans limites.
Les 6 lancent le bruit (ahaa!) qui court avant que Harry ne pose solennellement sa belle voix sur un clavier sombre. La scie entre en action mais c'est la rythmique qui se veut sauteuse et martiale. Le sax a des ratés et Harry enrage de ne pas rencontrer Sally. Il ne tient pas en place et passera le plus clair de son temps à gigoter au milieu des spectateurs. Après un break atmosphérique, la guitare joue un riff dissonant qui emmène "Bastard" dans la folie. D'entrée, on reste sur le cul!
S'ensuivent 2 nouveaux morceaux ("I wanna eat", "Moral of the tall") auxquels, il faut bien s'accrocher tant ils secouent, se cabrent, fracturent le rythme et partent dans des sons déroutants.
La basse joue un riff autiste sur 4 notes et les autres essaient de suivre Harry qui débite frénétiquement son texte en headbanguant devant ses partenaires ou le public "Moral of the tall". Pourtant Luc maintient, tant bien que mal, l'embarcation, par un beat carré alors que le son de sa batterie a tendance à se cacher derrière une orchestration luxuriante.
George, le placide à la place du bassiste, se planque derrière son clavier, parfois vautré sur un siège lorsqu'il ne permute pas avec une guitare.
La basse bombée de Ryan tire puissamment en un style post-punk. Tu prends un coup à chaque doigt sur la corde. Le synthé joue l'alarme et le sax se lamente puis groove en arabesques. Harry n'arrive pas à garder son calme et g(r)aine sa voix frénétiquement. La ritournelle au clavier de "The Commiserator" prend le dessus puis tout s'effondre sur un sax en dérapage.
C'est pas ce soir qu'on aura droit à une ballade sauf si tu considères la suivante comme telle!
La basse s'inspire de 'seven nation army' pour lancer "Friends", un titre lancinant, mordu par les dents égrenées d'un peigne. George déploie une nappe épaisse à l'orgue chaud qui tangue. Le morceau chaloupe au milieu de vagues parfois écumantes comme ces 'Hou... ha' aboyés par Shaene. Le chant principal grave (qui évoque Matt Johnsson de The The) hésite entre crooner et hurleur, celui qui s'en charge, armé d'une guitare, reste pour une fois derrière son micro sur pied. Duo sax/mélodica avant le final spectaculairement décousu où Shaene, déchainé, continue de sauter avec son micro. Irrésistible!
Un démarrage à la batterie avec une basse rageuse et George passé à la gratte. Ryan n'arrête pas de faire des allée-venues vers son ampli, un coup face à nous, un coup cul à nous. Et des à-coups, il en donne, casquette bien vissée et pantalon remonté au dessus des chaussettes noires striées de blanc. Serait-ce le "Lonely cowboy"?
Ryan présente la suivante en français 'Penser de toi' ou "Thinking about you". Un morceau lumineux dans un beau chaos théâtral.
"Professionalism debunked" offre un post-punk à grosse basse et guitare saccadée. Sautillant, il invite une cowbell et des voix expulsant 'Ouh-haha' en réponse au chant désabusé de Harry. Imparable!
Le front-man s'est allégé de son pull et de sa chemise. Par un rythme binaire s'installe une mélodie fofolle. Dans le public, ça chahute, pour peu, on pogoterait sous les encouragements de Harry et Shaene qui le rejoint sur "It was written".
Ils se mettent à crier tous ensemble a capella 'Call it what you will, I’ll call it ugly', puis sur un rythme effréné, on passe en phase krautrock déclenchant des bruits animaux. Puis la basse balance une rectiligne puissante contournée par le sax. Le synthé fait des bulles pendant que la voix s'emporte sur un "Mass village angst" délirant qui semble s'éteindre d'épuisement avant un dernier soubresaut en conclusion.
'Rend-moi ma baguette pour la cowbell' '1 bière?' Réponse un rôt, il ne manquerait plus qu'ils mettent les gaz!
Une basse caoutchouc, à grands coups de moulinets, traversée par un free sax, se partagent l'avant-plan sur un rythme vif et le clavier déroule quelques nappes de-ci-delà. "Nothing in Tomorrow" promène son spleen avec nonchalance et égarements. Après avoir longuement sautillé derrière son synthé, Shaene fait ses étirements. Break profond creusé à la basse et cymbales, c'est fini? Non, non fausse fin, les roulements à la batterie relancent une sauce bien épaisse, croisant sax et mélodica puis toutes voix exaltées.
Le batteur, clope au bec, commence à se casser. 'Hey another one' lui ordonne Harry et le moustachu se ravise.
Ils enchainent sur un classique after punk vif et heurté, au chant scandé, "Reptilian Brain" qui pourrait rappeler les Buzzcocks.
Dans un brouhaha comprenant salve d'applaudissements, ovations et grognements de déception, le chanteur fait le signe que c'est fini. Les voilà partis dans l'annexe. Pas pour longtemps, le public a tôt fait de les rappeler.
Jusqu'à présent, Luc avait fait très simple. Sur "Spellbound by the phallus", il monte un motif répétitif qui s'embrase sur des passages foutraques. Un long morceau progressivement menaçant qui rappelle par instants Theatre of Hate. Harry navigue entre litanie et venin endiablé. Il a réenfilé un t-shirt qu'il vient frotter contre le public. Shaene, au tambourin, saute d'un pied sur l'autre. Un truc explosif et débauché sur la fascination par le phallus! Encore aurait-il fallu qu'on le sûsse (oh la la !).
Un concert dantesque qui laisse l'assistance à la fois estomaquée et enthousiaste. Pour tous les amateurs de post-punk, un peu fêlé de la cafetière, baignant dans un fond de jazz déjanté, VOLK SOUP a servi la sienne et tenu toutes ses promesses en donnant un show chaud devant!
SETLIST
01-Bastard
02-I wanna eat
03-Moral of the tall
04-The Commiserator
05-Friends
06-Lonely cowboy
07-Thinkin about you
08-Professionalism debunked
09-It was written
10-Mass village angst
11-Nothing in Tomorrow
12-Reptilian Brain
13-Corngal
14-Spellbound by the phallus
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