Bienvenue sur Concerts-Review, le blog des critiques de concerts. Nous mettons en ligne quelques critiques subjectives des concerts auxquels nous assistons. N'hésitez pas à nous contredire à travers vos commentaires.
Par NoPo
Album - The Last Are Lost From The List par KOKKINIÀ
NoPo
Kokkinià - The Last Are Lost From The List 2025
Kokkinià baptise un quartier ouvrier de Nikea, dans la banlieue du Pirée (Grèce), un labyrinthe de béton, il parait. Banlieue, ouvrier, béton... manque plus que des reliques d'(n)Ikea avant que tu ne te demandes si ça peut en Pirée (ahaa).
En tous cas, le groupe homonyme du lieu, formé en 2018 au même endroit, se sent bien inspiré (ahaa) par des questionnements existentiels et sociaux, pas bricolés (on rigole moins là hein?).
Et quand tu découvres l'intervention, bien avisée, du label français Bitume, la boucle urbaine semble bouclée!
D'ailleurs, au niveau du visuel, tu ne t'attendais pas à un dessin présentant 2 enfants indiens, au fin fond d'une forêt amazonienne, où le cacatoès te nargue. Et pas que lui, l'un des gamins te désigne du doigt avec un sourire moqueur. "The Last Are Lost From The List" intitule cette magnifique fresque, peinte sur un mur d'école d'Athènes. Sauf que sur le nouvel artwork, un avant-plan ajouté, montre que les personnages vivent derrière un grillage.
Mais qui est vraiment enfermé, qui regarde, qui est observé? Dans quel état, j'erre (exemples de questionnement existentiel)?
Une équipe renforce le trio de base sur son premier album digital en 2022, agrémenté de 2 singles supplémentaires pour sa sortie physique. Et vu que son chanteur s'appelle Vangelis, il peut espérer un avenir optimiste même si l'hélice ne décolle pas dans le même air (pas pépère!).
"Whoami", ou je t'en pose des questions moi? T'aurais pas plus simple? Le trait de guitare se déverse, aussi rugueux que le chant, grave et tressaillant. Dès le départ, l'orage, à la batterie, accompagne le mauvais temps. Soudain, des handclappings prennent au dépourvu, évoquant presque du Flamenco. Puis un solo de gratte progressivement dans la réverb ramène un son on the edge (U2) tout au bout. Une entrée très consistante!
Ah mais ce pont au piano électrique de "Stachtee", ça me rappelle 'No quarter' de Led ZEP...
Une guitare sonnante, éclaboussée de cymbales, introduit "Blue on black". La gratte sonne harmonieusement avec réverb et zébrures, survolée par une voix écorchée. Lorsque le chant s'apaise ensuite, l'ambiance lorgne vers Tool ou Soen. La basse a bon dos, elle supporte les cambrures de la gratte et la double-pédale de la batterie. La cadence aime la casse où viennent s'abimer quelques pointes de guitare et solos. L'atmosphère, étouffante et lancinante, se prolonge dans le fracas jusqu'à écroulement. Un brûlot!
L'enchainement vers "Enigma" cryptographie le son Tool/Soen avec du riff griffu et des moulinets et rebonds sur les peaux. Le chant économise sa dureté, parfois avec flegme. La cocotte-minute couve la fournaise sonore et, en sortie de passage suspendu à guitare stridente, finit par libérer autant de lave aux lèvres que de scories orchestrales.
Retour au calme avec "Syopee" au clavier évanescent, couplé à un Luth qui n'essaie pas de se battre. Un ronronnement antique, au naturel, qui favorise la respiration.
Un motif tambourinant précède des rayons de guitare, dardant la basse au gros son métallique. L'épaisse texture de "Shelt3r" laisse alors échapper des percussions exotiques et des vibrations de cordes, avant d'autoriser quelques riffs bien drus. Le chant se montre menaçant. L'atmosphère installe son metal-prog, alternant flux et reflux, dans une puissance remarquable.
Dès l'intro, on est convaincu que "Lethe" sera chaud. Un Luth chevauche une rythmique profonde, amortie par un clavier douillet. La voix démarre en spoken words de pays. Puis le parcours sur les cordes de guitare durcit le ton pendant que le chant hurle sa douleur.
"Tromos/Thyella" s'amorce sur un contretemps rythmique. La voix, sombre et atone, se laisse dominer, dans un premier temps, par un riff lancinant, et des éclats grondants à la basse. Elle reprend force et grain, ensuite, alors que l'atmosphère devient plus grungy. Après un stop, des griffures, en palm mute, sur des coups résonnants, lacèrent. Derrière, la voix varie son timbre, et la batterie, percutante, résonne sur des peaux tendues. La basse tonitruante, et les vocaux, gravement plaintifs, amorcent un trou, creusé aux accords répétitifs à la grattte-tronçonneuse et autres cordes, parfois en tirage strident. Une longue plage étouffante!
Des vibrations sur les cordes d'abord, puis le ton et la cadence montent. Un riff, brisé, heurté par les frappes, accompagne une voix déchirée, entre gémissements et protestation. "Arboreal" vogue ensuite sur la mélodie la plus évidente et harmonieuse de l'album, avant de saccader puis finalement s'abîmer.
Kokkinià s'accoquine avec un style prog-metal percutant, ne reniant pas ses origines par quelques sonorités locales, comme savait le faire Angra. Il vient allonger, par le haut, la liste de groupes prometteurs. Inspirée, me semble donc approprié pour qualifier la musique des grecs.
Tracklist :
01. Whoami
02. Stachtee
03. Blue On Black
04. Enigma
05. Syopee
06. Shelt3r
07. Lethe
08. Tromos/Thyella (single)
09. Arboreal (single)
https://kokkinia.bandcamp.com/album/the-last-are-lost-from-the-list
Chant par Vangelis R
Guitares & claviers par Marinos Tzaferis
Batterie & Percussion par Savvas Kalymnios
Basse par David Prudent (album) et par Andreas Moutsis (singles)
Luth par Manos Karteris
Claquements des mains par Konstantinos Gkionis, Marina Noti, Thanos Tsotsonis, Ivi Vasiliou
Mix, mastering et enregistrements par David Prudent / Made In Hell Studios (album & Tromos/Thyella) et par Giorgos Papageorgiou / Dark Sun Rehearsal Studios (Arboreal)
Infographie & photographie par Dimitris Kiriakos (Graffiti par WD Street Art)
Photographie originale pour la pochette par Marianthi Lazari
Photographie pour le livret CD par Dimitra Psichogiou
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